[Traduction] ¶ Hiver à boire

Photographie de givre, Wilson Bentley, 1910

L’Hiver à boire

Photographie de givre, Wilson Bentley, 1910
Photographie de givre, Wilson Bentley, 1910

L’hiver est arrivé quand quelqu’un l’a appelé
Et les regards voyagent en direction des chaleurs familières
Cette nuit le vent arrache ses châles de vent
Tissez mes oiseaux chéris un toit de chant sur les avenues ;

Écoutez crépiter l’arc-en-ciel mouillé
Sous le poids des oiseaux il a plié

L’amertume craint les intempéries
Mais il nous reste un peu de cendre du crépuscule
Hirondelles dans ma poitrine, quelle douleur me causez-vous
Secouant sans cesse cet éventail végétal

Séductions d’antichambre au degré d’eau-de-vie
Nous éloignons soudain la voiture des neiges
Je bois lentement tes regards d’honnêtes calories

Le salon se gonfle de la vapeur des bouches
Les regards congelés collent à la lampe
Et il y a des mouches
Sur les soupirs pétrifiés

Les yeux sont pleins d’un liquide vagabond
Et chaque œil a un parfum spécial
Le silence est une plante qui pousse de l’intérieur
Si le cœur garde une température stable

Dehors la voiture s’approche des neiges
Emportant son thermomètre d’outre-tombe
Et je m’endors avec le bruit du piano lunaire
Quand les nuages se pressent et que la pluie tombe

Tombe
La neige à la saveur d’univers
Tombe
La neige qui sent la mer

Tombe
La neige parfaite des violons
Tombe
La neige sur les papillons

Tombe
La neige en flocons de senteurs
La neige en tuyau inconsistant

Tombe
La neige au pas de fleur
Neige de la neige dans tous les recoins du temps

Semence de son de cloches
Sur les naufrages les plus lointains
Réchauffez vos soupirs dans vos poches
Car le ciel peigne ses vieux nuages
En imitant les gestes de nos mains

Larmes astrologiques sur nos misères
Et sur la tête du patriarche gardien du froid
Le ciel blanchit notre atmosphère
Entre les mots gelés à mi-chemin
Maintenant que le patriarche s’est endormi
La neige glisse glisse

Glisse

De sa barbe polie.

[Original : « Invierno para beberlo », Vicente Huidobro, Automne régulier, 1925. Traduction personnelle de la rédactrice.]

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s