[Littérature] Odeurs /// Lande

À Clara Rilke, le 13 septembre 1907

Wilmington Giant (1939) par Eric Ravilious
Wilmington Giant (1939) par Eric Ravilious (The Mainstone Press).

… jamais la lande ne m’a ému et saisi à ce point comme dernièrement, lorsque j’ai trouvé ces trois brins de bruyère dans ta si douce lettre. Depuis elles sont dans mon Livre des Images, le saturant de leur parfum puissant et grave et qui n’est en fait que le parfum de la terre en automne. Et pourtant, quel merveilleux parfum ! J’ai l’impression que jamais la terre ne se laisse respirer par une seule odeur, la terre mûre ; une odeur qui ne le cède en rien à l’odeur de la mer, âpre quand elle devient presque un goût, et plus douce que le miel là où on l’imagine toucher aux premiers sons. Avec de la profondeur, de l’obscurité, presque un tombeau, et en même temps avec du vent ; goudron, térébenthine et thé de Ceylan. Grave et nécessiteuse comme l’odeur d’un moine mendiant et pourtant, en même temps, pareille à un précieux encensoir, mélange de résine et de cœur.

Rilke

Lettres de Paris 1902-1910, Rivages Poche, 2006.

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