Le féminin n’est pas muet

Début de livre écrit par des femmes, nous butons sur la présentation : auteures ? professeures ?

Revenir aux anciens féminins d’avant l’Académie française – professeuse ? médicine ?

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(Momo Kimono illustre les voix de poétesses contemporaines partagées par les éditions RAGAMI pour le Printemps des poètes 2017 – #1sonparjour)

L’accord de proximité ? Il a pour lui qu’il est applicable contrairement à d’autres propositions comme d’accorder au plus grand nombre – donnée pas toujours connue. On risque d’oublier l’un des termes masculins d’une énumération, peut-on objecter. Mais finalement, pas plus qu’aujourd’hui on ne risque d’oublier l’un des termes féminins plus en amont de l’énumération.

Veaux, vaches, cochons, couvée étaient perdues.

Veaux, vaches, cochons, couvée étaient perdus.

La difficulté intrinsèque de ces changements d’orthographe est la même que celle des modifications de la réforme enfin – partiellement – appliquée de 1990. Ce conservatisme qui nous fait freiner des quatre fers : l’harmonisation. Comment justifier l’orthographe et ses multiples exceptions peu explicables si deux règles différentes, contradictoires, coexistent ? La question s’est vite posée pour les manuels scolaires de français par exemple. Les questions étaient écrites en orthographe réformée, accompagnant les élèves de primaire qui apprennent ce système. Mais les extraits de textes littéraires, à côté, étaient écrits en orthographe traditionnelle et il n’était pas question de les rectifier. L’élève dans son cours de français voit donc deux orthographes se superposer, changer d’une phrase à l’autre. Plutôt que de lui simplifier la vie, il doit apprendre les deux façons, en se gardant bien de penser qu’une troisième, une quatrième façon pourraient aussi exister – pourquoi pas. Et comment corriger un élève qui commence une phrase en traditionnelle et la finit en réformée ?

Laissons là – pour aujourd’hui – ce débat et revenons sur la féminisation de l’orthographe, comme certains articles la nomment. Les noms de métiers au féminin : force est de constater qu’on s’y habitue vite. Le mot « cheffe » qui m’apparut si étrange il y a moins de deux ans me semble maintenant aller de soi et je m’étonne de ne pas le voir dans une publication récente.

L’accord du fameux « le masculin l’emporte sur le féminin ». Une distinction de discours dont j’ignore exactement la pertinence grammaticale du point de vue de l’histoire des langues permettrait d’obtenir un résultat identique – et donc de conserver – sans la justification sexiste que le masculin serait on ne sait pourquoi plus important.

Un moustique et une lionne belliqueux. Un grouillot et une armée courageux. Pas évidente, la supériorité.

L’addition dans le discours d’une forme neutre comme il en existe dans des langues voisines, dont les désinences seraient similaires au masculin – comme c’est aussi partiellement le cas dans les langues possédant un neutre, et qui serait le genre qui « l’emporte » en cas d’éléments mixtes. Ce n’est qu’un élément de langage, me direz-vous. Si le langage n’est pas l’idée, il est notre chemin d’y accéder, de la formuler et surtout de la transmettre. Et la forme du chemin n’est pas anodine pour le randonneur, la randonneuse.

 

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