Wild Wild Shadow ○♦○ L’Appel de la forêt, Jack London

L’Appel de la forêt de Jack London, lu par Aurélien Recoing, livre audio Gallimard jeunesse.

La voix profonde d’Aurélien Recoing porte le récit incandescent de l’appel sauvage avec fluidité et gravité, à l’instar des foulées des chiens de traîneau avalant les miles du Klondike.

Le format audio convient magnifiquement aux descriptions de la nature sauvage : fourmillement des bois et des ruisseaux qui s’éveillent après l’hiver, craquements menaçants de la neige glacée, chant des loups issu d’un monde plus jeune. Surtout, la voix donne toute son épaisseur d’épopée à l’histoire d’un chien passé de la loi du feu et du toit à celle du gourdin et des crocs, puis, après la découverte étonnante que l’homme, maître brutal des animaux armé de ses outils, se révèle plus facile à tuer qu’un husky, l’accession au statut mythique d’esprit indien malfaisant. Les très longs chapitres ne permettent pas une écoute fractionnée mais de longues plages en écho aux longues distances parcourues dans le wildnerness (« naturalité » en français d’après wikipédia*).

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Livre brûlé – exposition Hans Kiefer au Centre Pompidou 2016.

 

Ce court roman fait partie des œuvres de littérature éditées principalement dans des collections jeunesse, ce qui donne à certains l’illusion puérile qu’il est interdit ou honteux de les lire à l’âge adulte. Ces romans ont souvent pour protagonistes des enfants ou des adolescents, ou encore des animaux. Parce que c’est l’histoire d’un chien, cela ne peut pas être bien complexe. Cependant, outre la simple beauté des paysages glacés noyés de lune, ce récit nous offre rien de moins que, décrites par le langage humain, les traces d’un langage archaïque d’avant la parole, hurlé par la part sauvage en chacun de nous.

La personnification constante des chiens, dans leurs humeurs, leur caractère, la description de leur visage (et non gueule), ne dissimule guère le sentiment peut-être senti par l’auteur et en tous cas prêté aux hommes, de la violence destructrice du sentiment de vie qui bouillonne et ne demande qu’à se répandre sur le monde. L’éloge de la créature sauvage magnifique de juste orgueil et de virilité, dominant absolument son environnement hostile, contrastant avec la puérilité féminine de la civilisation du Sud, est absolu. Et cela appelle sa part de critique, l’émotion romantique passée. Buck n’est pas un loup réaliste, en tout premier lieu car c’est un solitaire. Et qu’est-ce qu’un loup solitaire sinon un homme, que son acceptation de son appétit sauvage, de sa part d’ombre primitive, coupe de la société humaine ? Cette part d’ombre si présente dans les contes, les mythes et les récits de fantasy (Ursula Le Guin vous en fera part dès que la critique du Langage de la nuit sera postée), histoires « pour enfants » car elles parlent à une part de la psyché non atteinte par l’inconscient collectif. Œuvres plus résonnantes que tous les récits raisonnables.

Pour un London qui entre en Pléiade, combien d’auteurs publiés en jeunesse dont des lecteurs soucieux des classifications se privent ?

 

*Traduit aisément en « contrée sauvage », wilderness souffre en français de ne pas disposer d’un mot unique qui le sorte de son acception géographique et ne soit que l’extension de l’adjectif – sauvagerie ?
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