[Critique] Innocents /// luttes

Ouvrir la voix d'Amandine Gay

« “Jeune fille de 13 à 18 ans”, je savais que ce n’était pas pour moi. Il aurait fallu que l’annonce précise “Jeune fille de 13 à 18 ans, noire” ».

Entre exotisation fétichiste et invisibilité méprisante, comment être une actrice française noire ? Dans Noire n’est pas mon métier (Seuil, 2018), seize actrices témoignent : rôles rares et stéréotypées, racisme insidieux, y compris celui de « Blancs bien-pensants ». Elles se battent pour présenter d’autres images de la femme noire dans les représentations, reprenant sans cesse l’éducation des scénaristes et producteurs qui les entourent et oublient qu’ils sont blancs. Proposant leurs propres récits, aussi. Il faut citer leurs noms : Aïssa Maïga, Maïmouna Gueye, Assa Sylla, Sonia Rolland, Mata Gabin, Magaajyia Silberfeld, Nadège Beausson-Diagne, Sabine Pakora, Shirley Souagnon, Marie-Philomène Nga, Firmine Richard, Sara Martins, France Zobda, Eye Haïdara, Karidja Touré, Rachel Khan.

D’autres femmes à écouter : les étudiantes dans le podcast de Slate en partenariat avec l’exposition « Nous et les autres » au musée de l’Homme, qui entremêle paroles scientifiques et récits d’expériences du racisme, les militantes et citoyennes de tous milieux dans Ouvrir la voix, film autofinancé d’Amandine Gay (2017).

Regarder leurs visages en gros plan sur tout l’écran, leur regard hors champ, elles chuchotent, s’exclament, brûlent l’apprentissage de la conscience de sa différence dès l’enfance,  l’image fétichisée de la femme noire, le communautarisme, l’homosexualité, l’orientation scolaire, les relations de travail, les intersections du racisme avec le classisme et le sexisme… Un documentaire vivant et urgent, au cinéma et sur internet.

Comprendre et expérimenter la perte de l’innocence de notre couleur de peau.

afro-feminisme

Photogrammes extraits du film d’Amandine Gay, montage source : Les Inrocks.

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[Motifs] Plaisirs d’alcÔve

Jean Joseph Benjamin Constant, Le soir sur les terrasses

L’alcôve signifie à la fois

  1. Lieu de discussions littéraires ;
  2. Lieu des rapports amoureux ;

et vient de l’espagnol alcoba qui lui-même vient de l’arabe al qubba qui signifie d’abord coupole. Et coupole (qui vient de l’italien cupola, lui-même venu du bas latin cupula, diminutif de cupa, cuve) signifie bien sûr voûte hémisphérique, mais aussi petite tasse pour la dégustation des vins.

Jean Joseph Benjamin Constant, Le soir sur  les terrasses
Jean Joseph Benjamin Constant, Le soir sur les terrasses (Maroc), 1879, Musée des Beaux-Arts de Montréal

D’autres étymologies : TLFi