À quoi sert l’étymologie ? Les caprimulgidés

À quoi sert l’étymologie ?

L’étymologie est la science de l’origine des mots. Son étymologie signifie littéralement la recherche du vrai.
Tout y semble parfaitement ordonné, étiqueté dans un enchâssement de sens logiques.

L’étymologie informe pourtant parfois davantage sur l’histoire du mot que sur sa nature, encapsulant pour des siècles de célèbres coquilles. En résumé, c’est parfois un vrai capharnaüm dans les archives de la recherche du vrai.

C’est peut-être le plus bel effet de l’étymologie : endossées par les années et la multitude, nos erreurs deviennent la vérité. Dans chaque grand Dessein – pensez à la classification de Linné par exemple – des coquilles, des lapsus, des bévues surviennent.

Qu’est-ce que les caprimulgiformes ?

Les Caprimulgidae, ou Caprimulgidés en français, sont une famille d’oiseaux de l’ordre des caprimulgiformes constituée d’environ quatre-vingt-quinze espèces d’engoulevents.

Les engoulevents sont des animaux nocturnes (mais pas aquatiques, à la différence du wqt). Ils volent avec le bec ouvert, d’où leur nom : ils engoulent (avalent goulûment) le vent.

Le latin capra, d’où vient le français « chèvre », est assez transparent, notamment dans le mot caprin (mais aussi dans « capricant », qui signifie bondir comme une chèvre). S’agit-il d’une autre étymologie ? Eh bien non, il s’agit bien de la même. Mais qu’est-ce que les chèvres auraient à voir avec des oiseaux nocturnes ?

Aristote a-t-il toujours raison ?

Pline l’Ancien, le Wikipédia du monde antique, a longtemps été une référence absolue, mais si vous le lisez un peu, vous remarquez vite que certaines de ses affirmations semblent peu étayées, comme celle qui affirme que les moules sont fécondées par le sel de la mer ou qu’avoir vos règles vous donne le pouvoir de ternir le fer et de flétrir les récoltes d’un seul regard.

Pline, Histoire (sur)naturelle aux éditions Ragami, vous sélectionne au format poche ses meilleures billevesées.

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à nos chèvres.

Dans l’article qu’il consacre à la chèvre, Buffon écrit donc :

Les chèvres […] sont, comme les vaches et les brebis, sujettes à être tétées par la couleuvre, et encore par un oiseau connu sous le nom de tète-chèvre ou crapaud volant, qui s’attache à leur mamelle pendant la nuit, et leur fait, dit-on, perdre leur lait.
(t. III)

Si Buffon ne reprend pas, par exemple, la théorie d’Alcméon de Crotone, qui prétendait que les chèvres respiraient par les oreilles, il cite bien l’Histoire des animaux d’Aristote :

L’oiseau qu’on appelle le Tette-chèvre (engoulevent) se tient dans les montagnes ; il est un peu plus gros qu’un merle, et un peu moins qu’un coucou. […] Il vole à côté des chèvres pour les téter, et c’est de là que lui vient le nom qu’il porte. On prétend qu’après qu’il a tété une chèvre, la mamelle s’atrophie et que la chèvre devient aveugle.
(chapitre XXI)

L’étymologie, logique ou tradition ?

C’est ainsi qu’un peu d’étymologie nous renvoie à une succession dûment compilée d’arguments d’autorité ayant moins à voir avec la zoologie qu’avec l’histoire de la constitution du savoir et ses biais.

Quant à l’engoulevent, il a selon les espèces toutes sortes de noms bien plus agréables : citons l’engoulevent pauraqué, l’engoulevent à lunettes, l’engoulevent bois-pourri, l’engoulevent grouillécor, l’engoulevent ocellé.