[Traduction] Denevi ○ Microgiga

Disparate ridículo par Francisco de Goya, 1864

J’ai traduit un certain nombre de microrrelatos de Marco Denevi (Falsificaciones, Thule). La plupart sont admirables dans la concision expressive mais aussi dans le fantastique absurde, parfois sauvagement ironiques (La Condena), parfois surprennement (?) tendres (Epílogo de las Ilíadas), parfois les deux à la fois (La Mujer ideal no existe). Je ne peux pas tout publier ici pour des raisons de droits, mais voici un avant-goût, un apéritif. Il s’agit de ma propre traduction. J’ignore si ces micro-récits sont traduits en français. Ils méritent en tout cas d’être connus.

[Peligro de las excepciones]

Le danger des exceptions

Assis sur le seuil de ma porte, je vis passer Lazare, toujours en suaire, au milieu d’une multitude qui l’acclamait. Après que la foule se fut éloignée, je vis passer un jeune homme en état de légère putréfaction. Puis une femme embaumée. Après la femme passa un squelette nu mais portant néanmoins des anneaux aux doigts. En voyant qu’un homme sans tête approchait, je lui demandai ce que signifiait tout ce défilé. Bien que dépourvu de tête, l’homme me répondit très civilement : « Quand la loi fut momentanément suspendue pour que Lazare sorte, nous autres avons profité de la suspension pour sortir aussi. Nous sommes nombreux. Regarde. » Je regardai et vis que sur le chemin avançait la colonne des ressuscités. L’atmosphère était devenue irrespirable.

Disparate ridículo par Francisco de Goya, 1864
Disparate ridículo par Francisco de Goya, 1864
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